MARIA-CARMEN PERLINGEIRO TEXTES

Après un parcours d’intense confrontation et de dialogue avec certains des grands modernes et toute l’immémoriale tradition du marbre, c’est comme si les sculptures récentes de Maria-Carmen Perlingeiro nous confrontaient à un désenchantement subit et inattendu. Changer les péripéties radicales de la forme moderne par cette insolite relation avec des choses si prosaïques du quotidien pourrait suggérer encore une des attitudes évasives d’actualité - suggestion trompeuse, contaminée. C’est un désenchantement qui nous reconduit à une position critique.

La pierre avait déjà changé, comme par anticipation, du marbre à l’albâtre. Il est très spécial, l’albâtre: une pierre bien plus ambiguë que le marbre, qui possède quelque chose de presque artificiel, d’indéfini. Elle abrite une curieuse dialectique entre l’actualité et l’éternité. Or, dans cette pierre ambiguë commencent à apparaître des choses très bien définies, sans ambiguïté aucune. Des choses si précises qu’elles pourraient appartenir à un catalogue où les choses doivent justement apparaître sous une forme définie.

Collection, album, voilà des mots qui viennent à l’esprit pour justifier une telle sélection de choses proches et inintéressantes. Que dire alors de l’insignifiance si peu banale de ces choses et de ces choix ? N’est-ce pas la nature morte qui nous fait défaut?

La nature morte : une bouteille et deux verres, quelques pommes, un couteau, un poisson, une botte d’asperges, la nappe qui recouvre une table, ce sont à peine des exemples de ce qui, avant, configurait un monde rempli, complet, significatif.

Dans l’albâtre, nous avons des exemples de l’existence solitaire des choses avant (ou après) le contact qui s’établit entre elles – l’état placentaire, (pré ou post) natures mortes. Ces sculptures réunissent dans leur stricte formalisation désenchantée, la sauvage ambiance post-pop, l’humour irrévérencieux des bandes dessinées, la vulgarisation à l’extrême du quotidien et la dignité et simplicité classiques dans un morceau de pierre; stèle absolument contemporaine, monolithe incomplet et défini dans le fragment indéfini de l’albâtre. Un morceau de la " chair du monde ", l’opposé contemporain de l’extériorité délimitatrice classique grecque. La sculpture moderne de retour à la gestation, en train de définir précisément la limite des choses dans la matière informe de l’albâtre, de transformer la forme en lumière, l’image en " rayon X ", le corps en " âme ". D’où les deux côtés dissemblables, la dualité de la pièce – ce qui est " entre parenthèses " et ce qui est en dehors.

Paulo Venancio Filho, 2001