MARIA-CARMEN PERLINGEIRO TEXTES

Le dessin est à la base du cheminement technique qui a mené Maria-Carmen Perlingeiro à la sculpture sur pierre. Après une série de travaux conceptuels, qui mêlent objets usuels et texte, elle aborde, vers 1982, la pratique du dessin à New York. Elle entreprend alors une longue série de pastels qui reproduisent, de manière librement réaliste, des objets du quotidien (Sans Titre {Ciseaux}, Sans Titre {Brosse}). A mesure que les cadrages de ses dessins glissent, pour ainsi dire, vers l’abstraction, elle se tourne progressivement vers la sculpture, le marbre en particulier, qu’elle taille en formes abstraites avec des ressonances anthropomorphiques. Mais depuis quelques années c’est dans l’albâtre que l’artiste trouve son matériau de prédilection, et c’est cette pierre translucide, quasi organique, qui la ramènera à la figuration. En effet, l’objet maintenant a retrouvé ses marques, dessiné à même la pierre, puis sculpté sur les deux faces, en bas-relief. Ses derniers travaux synthétisent, en quelque sorte, le langage formel et plastique établi depuis ses dessins new-yorkais puisque l’image, extrêmement graphique, est directement gravée, puis peinte, sur les côtés de très fines plaquettes d’albâtre - un juste retour, sinon aux choses elles-mêmes, du moins aux profils des choses.

De tout évidence, le dessin reste un élément central - qu’il soit moteur ou médium - de l’oeuvre de Maria-Carmen Perlingeiro. Dans les travaux sur papier qu’elle réalise à New York, elle affronte le matériau sec du pastel avec lequel elle établit une relation d’intimité et de sensualité identique à celle qu’elle entretient avec la surface de la pierre. Le papier est marqué au doigt, saisi par un contraste à la fois net, dur (le contour de l’objet) et aérien (l’aura qui s’en dégage); le mouvement du doigt sur la surface et la trace qu’il y dépose aboutissent à l’exacerbation de la réserve, dans sa pureté et son éclat. Quelquefois, le geste se fond au rendu de l’objet et se met au service de la représentation, de l’image figurative (Brosse); l’accent semble, à première vue, porter sur la valeur exécutive du geste au profit de la texture ou du choix du cadrage - la stricte frontalité de la paire de ciseaux ou la mise en perspective de la brosse. La subtilité de ce travail repose sur un questionnement, celui d’une possible adéquation entre l’objectivité littérale et l’expressivité subjective - une problématique récurrente de la modernité.

Stéphane Cecconi, 1999
Musée d’art et d’histoire